Un lutin dans mon domaine

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Toile d’Anne Stokes

Il est vêtu d’anciens feuillages
Et vit dans un creux de rocher :
Son père est Pan, vieux Dieu sauvage,
Sa mère un être au nom caché.

La vie ne lui est point pesante,
Son rire n’a pas de lourdeur ;
Il ne connaît pas l’épouvante,
Ni ne le trompe aucun trompeur.

Pendant que ma tisane infuse,
Je le cherche dans le décor ;
Mais il a beaucoup trop de ruse,
Même encore plus quand il dort.

Cochonfucius

ODE ARMORICAINE

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image de Pierrette

Je savoure, par tous les chemins,
Cette vieille Armide océane
Qui étend son corps girond
Du pays Rennais au Léon.
Elle me regarde et plisse son œil diablotin ;
Un œil qui sait les contes sibyllins.
Son épaisse chevelure argentée
Se mêle , broussailleuse,
Aux hautes cimes tourmentées
De sombres forêts légendaires .
Elle s’étire, paresseuse,
Et vient lécher la frange écumeuse
Des trois mers.
Ses longs bras graniteux
Sont chargés de guirlandes fleuries ;
Paradis pour les yeux
Tressés en bouquets féconds :
Doux camélias et mortelles ancolies,
Pompons d’hortensias et fiers rhododendrons.
Et puis , le vif éclat des ajoncs
Révélant des senteurs de vanille…
La Bretagne est une princesse des îles
Que vénèrent et fleurissent
Ses esthètes habitants.
Le souffle de l’ancestrale déesse
fait courir les voiliers
Et danser , beaux et fiers,
les oiseaux de mer.
Mais la vieille n’est point bigote.
Telle une celte Apsara
élevant ses menottes
Elle sait prendre la pose.
Inspirant aux peintres l’azur et le lilas,
Elle se mue en modèle.
Susurrant aux bardes vers et proses,
Elle est parfaite muse.
Murmurant aux sonneurs
De bombarde et de cornemuse
contredanses et gavottes,
Mélopées à pleurer,
Elle ensorcelle mon cœur
D’un éternel goût de sel.

Gracie de la Nef