Dame Salamandre

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image de l’auteur

La salamandre, une étrange luronne,
Nous éblouit de sa froide beauté ;
De flamme elle est baignée, de tous côtés,
Comme serait une noire démone.

Il ne faut pas que cela vous étonne,
Et quant à moi, j’en suis même enchanté ;
Aimer le feu, c’est une qualité,
Aussi la braise et sa lueur friponne.

Environné, jadis, du souffle ardent
D’un Cupidon, d’un dieu peu regardant,
Je t’imitais, ma vive salamandre ;

J’aimais la flamme, autant qu’il est humain ;
Qu’en reste-t-il, qu’une poignée de cendres
Et quelques vers au long d’un parchemin…

Cochonfucius

Foire aux béliers

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Composition de Cochonfucius

Dans le ciel de sinople, on voit trois monstres fous
Qui ne font que danser dans ce vert paysage :
Leur danse est l’ornement, dit-on, de cette page,
De si charmants danseurs sont invités partout.

Dans le ciel d’or, on voit un monstre plutôt grave ;
Il réfléchit la nuit, et tout au long du jour,
Une fois par semaine, il nous fait un discours
Qu’on entend poliment, l’animal est bien brave.

Nul d’entre eux ne sera client du chapelier,
Fiers qu’ils sont d’arborer leurs cornes de bélier.

Cochonfucius

Une confrontation

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Toile de David Hayward

Le fils du charpentier vit la femme adultère
Entourée de pesants regards accusateurs.
Lorsqu’on le consulta, lui, le législateur,
Il prit du temps, d’abord, pour tracer dans la terre

Une étrange inscription de quelques caractères
Que ne nous transmet pas le scribe narrateur ;
Puis dit «Celui qui n’a nul péché dans son coeur
A le droit de lancer une première pierre.»

Les spectateurs déçus quittèrent cet endroit
Où le prédicateur, s’étant montré adroit,
Avait désamorcé la vindicte publique.

La femme, demeurant sur la place avec lui,
Voyait avec plaisir la fin de ses ennuis
Et posait sur le Maître un oeil énigmatique.

Cochonfucius

Le noircissement des pages

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Calligraphie chinoise

Pages qu’ici et là j’ai voulu mettre en ligne,
Qu’apportez-vous au monde ? Oh, rien de très nouveau,
Nous ne présentons pas de superbes travaux,
Nous sommes d’attention distraite, à peine dignes.

Mais pourquoi ton papier à la blancheur de cygne
Doit-il être marqué du noir de ton stylo ?
Tes vers de chaque jour, tu les vends au kilo ?
Dans une librairie, au public tu les signes ?

Je ne vends pas de texte et je ne me vends pas ;
Un air souvent me vient quand je fais quelques pas,
Auquel, à l’occasion, j’assemble des paroles.

J’écris comme un taulard qui ne dort pas la nuit,
Comme un vieux boulanger pendant que son pain cuit,
Comme un petit enfant qui s’ennuie à l’école.

Cochonfucius

Marionnettes

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Théâtre d’ombres de Chine

Mon voisin du dessus, un grand marionnettiste,
Fabrique des milliers de poupées en papier.
Dans un vaste décor un peu kitsch et pompier,
Il fait vivre à chacune une vie drôle ou triste.

Chaque poupée se croit libre protagoniste
D’une intrigue à plusieurs, donne des coups de pied,
Tient de sages propos, jure comme un troupier.
Ce n’est que le montreur l’agitant sur la piste.

Et par un sombre soir il les rassemblera
Pour porter jugement, et sa voix hurlera
Pour condamner au feu les poupées malhonnêtes.

Celles qui par sa main firent des gestes bons
Au frigo d’or massif refuge trouveront.
La justice s’adresse aussi aux marionnettes

Cochonfucius

Vin sur vin

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Toile de Veronese

Le fils du charpentier fit un geste magique
Aux noces de Cana, lorsqu’on manqua de vin.
Chacun but une coupe, et la joie en advint ;
Nul ne trouva le fait contraire à la logique.

Loin des graves propos, loin des discours tragiques,
La fête lui montrait qu’il n’avait pas en vain
Usé, pour ce beau jour, de ses pouvoirs divins
Et de son bienfaisant savoir oenologique.

Le vin qui étourdit les jolies demoiselles
Et qui donne aux vieillards une énergie nouvelle
Fait ressembler la noce au sacre d’un grand roi.

Le vin, trois ans plus tard, devient le sang de l’homme
Que devait condamner la justice de Rome ;
Du sang pour baptiser les planches de la croix.

Cochonfucius