Une licorne pour Verlaine

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Tapisserie du Moyen-Âge

La licorne, sortant de sa tapisserie,
Au jardin du musée lentement descendrait,
Dans lequel un conteur, se tenant en retrait,
Méditerait une ode à la Vierge Marie.

Respirant la puissance et nullement flétrie,
N’ayant du Moyen Âge aucunement regret,
La licorne parcourt un passage secret
Aux murs ornés de mille et une allégories.

Morgane au loin l’accueille au son du clavecin.
Licorne et fée, ayant le flanc sur des coussins,
Se font porter du thé par une jeune femme.

Le conteur de cela ne fut pas le témoin,
Au jardin composant quelques épithalames ;
Un vers, par-ci par-là, auquel l’amour se joint.

Cochonfucius

En réponse à « Juger les vivants et les morts »

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image de l’auteur

Au jour du jugement de l’âme,
Elle plongera dans les flammes ;
Notre Seigneur le veut ainsi,
Les Écritures le proclament.*

Ne restera qu’un oriflamme
De nous, signe que nous peuplâmes
Ce lieu. Toutes les galaxies
Finiront de même et sans blâme.

Pierrette

*Cochonfucius

Baron Léopard

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image de l’auteur

Le baron Léopard, au blason délavé,
Choisit pour sa retraite un manoir bucolique ;
Le bord de la Garonne est un endroit rêvé,
Ausone dans un livre en bon latin l’explique.

Il laisse au fil de l’eau ses songes dériver,
Les uns plutôt joyeux, d’autres mélancoliques ;
Les oiseaux qu’il rencontre et qu’il aime observer
Tiennent en leur jargon des propos symboliques.

Révolu son jeune âge, aussi son âge mûr,
Il écrivit cela quelque part sur un mur ;
Mais il garde l’espoir de belles découvertes.

Même si Cupidon ne peut plus le toucher,
Ses sentiments d’amour ne restent point cachés ;
Puis, l’herbe de la friche est encore assez verte.

Cochonfucius

D’un ange et d’un démon

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Toile de William Blake

L’on voit deux associés près de chaque animal :
Son ange qui lui parle avec dévote mine,
Et son démon pervers, une rouge vermine
Qui lui montre à plaisir comment on fait le mal.

Or donc, chaque vivant abrite un tribunal
Où le contre et le pour à loisir se ruminent,
De sorte qu’à la fin, l’agir se détermine,
Prenant dans le vouloir sa source et son canal.

Ainsi, quand le renard dépouille le corbeau,
Ou quand le procureur met le Christ au tombeau,
Un ange et un démon ont eu à en débattre.

Quelques lecteurs curieux m’ont demandé pourquoi
Ce débat, et non pas une plus simple loi :
C’est parce que la vie se joue sur un théâtre.

Cochonfucius

Dupanloup voit un empereur

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Peinture chinoise

Le père Dupanloup en Chine s’exila.
Par-derrière approchant l’Empereur sur son trône,
Il voulut profaner cette vivante icône,
Mais le bourreau lui dit « Allons ! Restons-en là. »

Donc, parmi les élus que Félix empala,
On compte des humains, des demi-dieux, des faunes,
Mais non pas l’héritier du vieil Empereur Jaune ;
Il s’en fallut de peu, la chronique en parla.

Dupanloup, poursuivant cette visite en Chine,
Connut des cotillons de toutes origines,
Laissant un souvenir qu’on peut dire immortel ;

Mais ce qu’il racontait, nul ne put le comprendre,
Car c’était le latin qu’il parlait à l’autel,
Ne voulant aux patois vulgaires condescendre.

Cochonfucius