Corbière voit une rose

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Toile de Mindy Goldman

Il n’est pas oublié, le parfum d’une rose
Que j’ai cru respirer, m’endormant, l’autre soir.
La suite du sonnet, l’écrire ici je n’ose
Où tous les habitants du monde iront la voir.

De soi-même on n’a deuil, pitié, ni désespoir.
Pour profiter du jour, un vieillard se repose
Sitôt que c’est possible, ou, tel un vieux miroir,
Fait surgir des reflets dans ses vers et sa prose.

L’hiver de notre vie ne va pas vers l’été.
D’avoir été heureux (et nous l’avons été),
C’est de quoi mitiger ce crépuscule sombre.

Lisons donc de beaux vers dans ce restant de jour,
Ils ne sont point gravés au marbre pour toujours,
Ils sont comme la neige amoncelée dans l’ombre.

Cochonfucius

Sagesse du paléographe

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Composition de l’auteur

Des mythes d’autrefois, jamais il ne s’abuse :
Ce déchiffreur patient parcourt les parchemins
Et ne craint d’accomplir un travail de Romain.
Sur le coin de sa table, un très long cierge s’use.

Le texte mystérieux présente une méduse
Éprise d’un sureau ; le sens est incertain.
Sont-ce des avatars de petits dieux latins
Ou de celtes démons dont la malice fuse ?

Le récit se poursuit, hors de nécessité,
Semblant n’avoir été que peu prémédité,
Entraînant ses lecteurs dans des confins extrêmes.

De traduction précise, il ne peut s’acquitter :
Mais il s’en sortira par un texte imité
Des fables d’autrefois, de celles que l’on aime.

Cochonfucius

 

Oiseau-Ferrant

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image de l’auteur

Le maréchal-ferrant le plus habile au monde
Est ce petit oiseau que des auteurs divers
Nous ont jadis décrit, qui parcourt l’univers
Pour parer les sabots des juments vagabondes.

Traversant le village et la forêt profonde,
N’interrompant ses pas que pour battre le fer,
Il ne craignit jamais de traverser la mer
Pour gagner les terroirs où les chevaux abondent.

Or, c’est d’oiseaux normaux, cependant, qu’il est né ;
Jamais de forgeron dans sa vaste famille
Dont il fut le premier artisan forcené.

La pie est attirée par le métal qui brille
Et d’autres emplumés sont de grands voyageurs ;
Il fut seul à choisir cet étrange labeur.

Cochonfucius

Le château de Piaf-Tonnerre

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Gravure de Escher

Piaf-Tonnerre a construit un château en Espagne,
Suspendu dans les airs comme un nuage gris.
Il n’a pas précisé comment il s’y est pris ;
Est-il allé quérir en Grande Garabagne

De la pierre volante, ou peut-être, en Bretagne ?
De l’ombre du château, le sol est assombri.
Les seigneurs espagnols, modérément surpris,
Disent qu’il ne faut point en faire une montagne.

Or, quand le roi l’apprend, ça devient autre chose,
L’auguste souverain voudrait savoir qui ose
Arborer dans les cieux un pavillon vantard.

Sa majesté s’apprête à tancer Piaf-Tonnerre,
Mais le château, poussé par un vent débonnaire,
Est allé s’amarrer au roc de Gibraltar.

Cochonfucius

Royale nostalgie

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Les regrets du roi barbare
Ont rempli la vaste mer ;
Où est son épée de fer,
Où sont ses trésors si rares ?

Où est sa charmante reine
Vêtue de drap suranné,
Où est le cheval orné
D’un manteau de pure laine ?

Ne cherchez l’or ni les pierres
(D’ailleurs vous ne sauriez où ;
Le palais n’est plus debout,
Les jardins ne sont que lierre).

Croit-il encore à sa gloire,
Le monarque au bois dormant ?
Croirais-tu à ton roman,
Pauvre seigneur sans mémoire ?

Tout cela ne fut qu’un rêve,
Un moment de confusion ;
Marche, avec ton illusion,
Vieux fantôme sur la grève !

Cochonfucius