Ambilion brûlant

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image de Pierrette

Lion ascendant lion, c’est un ambilion ;
Il ne sait d’où lui vient cette fortune,
Lui qui se laisse attirer par la lune,
Ses pâles frissons sur les dents-de-lion.

S’il porte en lui le feu de rébellions,
C’est sans chercher à monter aux tribunes ;
Il voit les ciels aux fraîcheurs opportunes,
Les banquises bleues inconnues des lions.

Son solaire espoir, si fou, d’où vient-il ?
C’est un mystère, à la source subtile,
Si constante que le corps se consume.

Il rêve qu’il dort, ce lion épuisé !
Entre deux sauts de coeur galvanisé,
Finalement, un plat gras le remplume.

Ada

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De sable à l’ambilion passant,  armé et lampassé d’azur, surmonté d’une lune en plein, le tout d’argent.

 

Sagesse de la libellule

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image de l’auteur

La libellule chasse à la fin du printemps,
Je suis émerveillé par sa noble apparence ;
Je la vois survolant ce ruisselet de France,
Qui frôle la surface et s’y va reflétant.

Au bord de ce cours d’eau longuement méditant,
Le héron au long bec se nourrit d’espérance ;
Comme la libellule, il est plein d’assurance,
Il se tient sur la rive, il observe, il attend.

De ces deux prédateurs la quête n’est pas vaine,
Ils prendront du gibier bientôt, sans trop de peine ;
Il se rassasieront, et puis, ils s’en iront.

J’entends un peu plus loin le cri d’une corneille,
Un oiseau ténébreux qui dans l’ombrage veille ;
Quant à moi, j’aime aussi ce troisième larron.

Cochonfucius

 

Improductif

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Toile de Norman Rockwell

Avril a déployé sa force lumineuse,
L’aile du noir corbeau se transforme en miroir
Et les verts marronniers vibreront jusqu’au soir
Du doux frémissement d’abeilles butineuses.

Loin du travail pesant, loin des fêtes ruineuses,
Je sors un papier blanc du fond de mes tiroirs
Et trace quelques vers, ou brèves de comptoir,
Evitant les notions par trop vertigineuses.

Le chat dans mon jardin se recueille, immobile :
Je sais qu’il a pour ça un bien vilain mobile,
Que plus d’un vieil oiseau également connaît.

Aux murs de mon bureau somnolent mes vieux livres,
Et pas un seul d’entre eux sa science ne délivre :
Dimanche à ne rien faire, ou tout juste un sonnet.

Cochonfucius

Fraîcheur estivale

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Illustration Edredon

L’air, qui était trop chaud, est redevenu doux.
Les livres du bureau recueillent la poussière,
De temps en temps j’absorbe une gorgée de bière ;
En haut du marronnier danse un écureuil roux.

Les fourmis, dans le jour, s’aventurent partout,
Transportant leur fardeau, noires dans la lumière,
Sans aucun clignement de leur oeil sans paupière,
Heureuses d’accomplir leur corvée jusqu’au bout.

Je suis reconnaissant au plafond de nuages
Et à son compagnon, le vent frais et joyeux
Qui les fait progresser au ciel, devant mes yeux ;

Quoi de plus verdoyant que cette herbe sauvage,
Quoi de plus gazouillant que les oiseaux des cieux ?
La brise fait danser, dans les airs, le feuillage.

Cochonfucius

Méditation estivale

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Composition de l’auteur

La rosée du matin commande d’être heureux ;
Le soleil qui n’a point repris toute sa force
Anime la terrasse en caressant l’écorce
Des marronniers au tronc antique et vigoureux.

Aucun souci au coeur, aucun nuage aux cieux :
Il est tôt, ce n’est point le temps où l’on s’efforce,
Tout juste on parlera du travail qui s’amorce
Et qui, bien entendu, sera fait pour le mieux.

Puis la journée défile et le jardin se dore ;
Le vin coule, bien frais, d’une petite amphore
Et tout va, doucement : rien ne sert de courir.

Au soir, le barde entend les cris des hirondelles
Qui semblent affirmer que la journée fut belle,
Quand, au ponant du ciel, le soleil va mourir.

Cochonfucius