L’infini dans un grain de sable

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Illustration Mark Ferrari

Pourquoi voulons-nous étendre
Ce qui ne se borne pas ?
Savourons chaque repas,
N’allons point trop entreprendre.

Cultivons notre vaillance,
Adonnons-nous aux ébats ;
Ne songeons point au trépas
Ni au mal qui nous relance.

Dans la lueur qui s’achève,
Promenons-nous sur la grève :
Plaisir d’une déviation.

Car tous, nous vivons d’espoir.
Chaque jour je le fais voir
Dans ma versification.

Cochonfucius

Mes mots dans tes mots

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Toile de William Adolphe Bouguereau

Plus que toi, plus que moi, notre amour voudrait vivre.
Si nous lui refusons nos textes et nos voix,
Il parle à nos deux coeurs lorsque nul ne nous voit,
Il va dans ta musique et au long de mes livres.

Si pour un bref instant l’un de nous le délivre,
Il garde le pouvoir et prend force de loi
Et son commandement ne nous laisse aucun choix,
Et cela jusqu’au point que nos deux coeurs sont ivres.

Et puis il faut dormir, et vient le lendemain,
On redevient sérieux, on se reprend en main,
Aux violentes passions on accorde une trêve.

Mais quand revient le soir, et quand sonne minuit
Et que le lourd sommeil a dissous les ennuis,
Ta voix me dit des mots illuminant mes rêves.

Cochonfucius

Révélation

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broadsheet.com.au

Accoudé au comptoir, le « quinqua » boit, pensif,
Il rêve de partir sur une île bretonne,
Loin de son existence en tous points monotone ;
« Métro, boulot, dodo », il se sent si poussif !

Il tapote le zinc, un geste compulsif,
Réalisant qu’il est, de sa vie, à l’automne,
D’y penser, seulement, cela un peu l’étonne,
Pour prendre du recul, mieux vaut rester oisif.

Soudain, un pèlerin, devant son regard triste,
L’entraîne à emprunter, que lui, la même piste,
Une fois en chemin, ils discutent à loisir.

L’échange le convainc de fuir le périssable,
Qu’un vent nous portera comme des grains de sable,
Que de trouver l’amour, c’est être en son désir.

Vincent

Mur de la friche

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image de l’auteur

J’aime la pierre calme et le lierre pensif
Qui joliment prospère en la douceur bretonne ;
Le corbeau les salue de son cri monotone,
Un auvent sert d’abri pour un vieillard poussif.

Il compose un sonnet, c’est son jeu compulsif,
Lui qui de l’existence a dépassé l’automne ;
Ses proches font avec, et plus ne s’en étonnent,
Ce n’est qu’un passe-temps, le labeur d’un oisif.

Sa carrière est finie, ce dont il n’est pas triste ;
Ça lui donne le temps de suivre d’autres pistes
Et d’être un sybarite, un homme de loisir.

Il n’a jamais tracé de vers impérissables,
Il est souvent conscient d’écrire sur du sable,
Lui qui d’être quelqu’un n’eut jamais le désir.

Cochonfucius